Le blog d'écriture de Roland

Mémoire d'avenir

enfant au violon

 

 

Tu m’as dit : ça ne sert à rien l’histoire,

C’est du passé. Seul l’avenir, je veux voir.

Mais, l’histoire ce sont nos fondations,

Pour bâtir demain, savoir qui nous étions.

C’est apprendre des réussites et des échecs,

Des choix entre les armes et les bibliothèques,

Des beaux moments et des tragédies,

Des souffrances, des joies et des embellies.

 

C’est savoir reconnaître pour demain

Les nuages qui menacent nos destins.

Repérer pour les peuples ce qui fait l’espoir,

Les mettre en face des moments noirs.

C’est rappeler les pièges dans lesquels tombent

Ceux qui, sans mémoire, creusent leur propre tombe.

Comment ignorer les erreurs et les atrocités,

Rester dans l’ignorance et reproduire le passé ?

 

Connaître le passé ne gêne en rien l’avenir,

C’est s’accrocher au passé qui empêche de « devenir ».

Un avenir ne peut être meilleur que si on tire des leçons

Des grandes erreurs, des machiavéliques manipulations.

Les autocrates, les dictateurs parient sur cet oubli

Qu’en quelques dizaines d’années s’installe une amnésie.

Je viens du Peuple, j’y suis fidèle, et ma colère est grande

De le voir, naïf, succomber aux sirènes du même danger.

 

Tu m’as demandé à quoi peut bien servir l’histoire.

Je t’ai répondu, mais vas-tu vraiment me croire ?

Je désespère de la faiblesse des mots face à l’ignorance,

Car pour l’éradiquer, il faut aimer que les mots dansent.

 

Roland Vannier

Toulouges le 10 avril 2014

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Liens sociaux, un besoin fondamental.

Personnages multiculturel

 

Bien sûr, sur Twitter, le lien virtuel

Est tellement ténu, fragile, éphémère.

Pourtant, il véhicule tant de joie, de peine,

D’humour, d’amitié, mais aussi de haine.

Bien avant, j’étais loin de cette image

Et il m’a fallu un peu de courage

Pour enfin oser m’y aventurer

Et depuis, par instants, y demeurer.

 

Sur Twitter, je dis ma passion,

Ma solitude, ma moquerie, mon émotion,

J’écoute en lisant tous ces Gens

Je découvre des mondes différents.

Des mondes d’amour et de tolérance,

Des mondes de haine et d’indifférence.

Le monde « réel » raille la virtualité

Mais pourquoi opposer deux « réalités » ?

 

Bien sûr, sur Twitter, l’écran est un masque.

Un masque de carnaval avec ses frasques.

On y porte ses beaux atours, son « moi » le meilleur,

Et on reste silencieux sur ses ombres et ses peurs.

Tu vois bien rétorque  le« réaliste »,

Sur cet outil, il n’y a que des listes,

Des noms que tu ne vois ni n’entends.

Que sais-tu d’eux ? Comment être confiant ?

 

Sur Twitter, je fais des rencontres tendres,

Drôles, amicales, parfois à s’y méprendre…

Et n’est-ce pas le reflet de la vie « vraie » ?

Même les banalités et propos de bistro sont vrais.

Oui, reflet de la vie de tous les jours,

Dialogues à entendre à la récré, dans la cour.

Affligeants parfois comme des téléréalités,

Animés comme autour de la machine à café.

 

Sur Twitter, Je peux y trouver du lien social,

Une personne, un mot, une phrase joviale.

Jusqu’alors, pour les personnes isolées,

Il n’y avait que la radio ou l’envahissante télé

Pour aider les plus vulnérables dans leur solitude.

Sur le réseau, ils échangent leurs joies et vicissitudes.

Les personnes âgées, les malades, les exclus

Timidement, peuvent nouer un lien, même ténu.

 

Les deux « réalités » ne sont pas conflictuelles.

J’ai de vrais amis charnels et puis des amis virtuels,

Je partage des repas mais aussi des sentiments par l’écrit.

Je perçois des personnes, des joies, des soucis,

J’entends des appels, des demandes de soutien,

C’est la même détresse, la même demande de lien.

Si, à moi, la vie, la vraie, m’a tout appris,

J’apprends aussi et encore, sur les réseaux, la vie.

 

Sur Twitter, les contraintes d’exiguïté m’ont amené

A une discipline d’écriture plus lapidaire mais déterminée.

J’y suis fasciné par la diversité d’écriture, des sentiments,

De la culture. Et tout cela en si peu d’espace et de temps.

Les réseaux sociaux sont entrés dans la vie et n’excluent rien.

Ils ne deviendront que ce que l’on voudra bien.

Et si charnellement, M.de la Bruyère peignit les « Caractères »

Je les observe «dans la vie» et les limite à cent quarante sur Twitter.

 

 

Roland Vannier

Perpignan le 20 mars 2014

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L'abandon

abandon

 

 

Décider d’arrêter

De vouloir tout contrôler…

Mais sans jamais renoncer…

 

Continuer de se battre, ne pas renoncer.

Se battre contre la maladie et l’injustice,

Se battre pour un monde meilleur,

Se battre pour réaliser ses rêves.

 

L’abandon n’est pas le renoncement.

L’abandon c’est seulement,

Quand il n’y a plus rien à faire,

D’accepter de laisser faire.

 

Les uns se battent tout le temps,

Les autres ont abandonné depuis longtemps.

Difficile de concilier les deux…

C’est pourtant une des clés pour être heureux.

 

Monter dans un avion, on n’est plus maître de rien :

Ou on ne fait pas confiance ou on s’abandonne.

S’abandonner, c’est faire confiance

Quand on ne plus agir sur rien.

 

Savoir faire confiance quand le temps en est venu,

Quand le dénouement ne dépend plus de nous,

C’est un lambeau de sagesse qui apaise.

 

Roland Vannier

Toulouges le 10 mars 2014

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Mémoire courte

ciel menaçant

 

 

Etaient-ils des hommes ou des bêtes ?

Dénués de sentiments et d’humanité,

Ils tuaient et torturaient sans vergogne.

Ils déchiraient, brûlaient, écrasaient

Femmes, enfants et hommes. Des humains.

Ils étaient devenus fous, déments, démons,

Formatés par l’idéologie et l’intolérance.

 

Je pensais qu’ils ne réapparaîtraient jamais plus,

Mais la mémoire des Hommes est courte.

De nouveau, ils écoutent ces démons

Qui se nourrissent des peurs et du malheur.

Les humbles, les petits ne comprennent plus ce monde

Alors sans le savoir, ils se tournent vers la bête immonde

Qui s’est grimée, déguisée, polissée pour séduire.

 

Elle sait bien cette vermine, la candeur des gens simples.

Elle sait qu’il faut tout promettre, même l’impossible.

Mentir, manipuler, endoctriner, elle sait faire.

Elle sait enflammer les foules avec des mots qui flattent.

Alors, les paroles, même les plus ignobles se libèrent

Sur des boucs émissaires. Toujours les mêmes :

Les être humains dont la race ou la religion diffère.

 

Parents, je vous en prie, apprenez à vos enfants

L’amour, la tolérance, la différence, l’ouverture.

Ne les laissez pas se recroqueviller, se rabougrir et s’aigrir.

Ne laissez pas la bête immonde les endoctriner,

Les entraîner peu à peu vers la bêtise aveugle des idéologies.

Mais vous parents qui n’avez pas été éduqués, comment ferez vous

Pour transmettre ce qu’on ne vous a jamais transmis ?

 

J’aimerais tant faire qu’on efface  l’ignorance et les peurs,

Mais il y a tant d’intérêts qui ont besoin qu’elles demeurent…

Faudra-t-il que la bêtise fasse à nouveau pleuvoir

Sur l’humanité, des trombes de douleurs  et de pleurs ?

 

Roland Vannier

Barcelone, le 1er Janvier 2014

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Le flot de la vie

torrent

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le petit torrent  dévale la pente en riant,

Zigzaguant entre pierres et galets.

Parfois, euphorique, il grimpe avec souplesse

Sur les cailloux qui accueillent sa caresse.

 

Un rayon de soleil vient parfois taquiner

Ses déliés et son jeune flot, joyeux, déchaîné.

De jolis miroirs capricieux et changeants

L’habillent d’ombre, de lumière et de brillants.

 

Parfois, il se retourne vers son sommet naissant.

Il aimerait revenir à ses racines, à l’état d’enfant,

Mais la pente est plus forte que ses seuls désirs

Et l’entraîne vers le vaste océan, son devenir.

 

Que peut-il faire contre cet aboutissement ?

La plupart du temps, il oublie, vit au présent.

Mais parfois il s’interroge sur son existence...

Des doutes et des peurs l’assaillent de leur danse.

 

« J’ai beaucoup joué, ri et chanté depuis là-haut.

Puis j’ai donné à la terre, aux hommes, aux animaux.

Je me suis senti utile, vivant, reconnu.

J’ai fait pousser l’herbe là où le sol était nu.

 

Aujourd’hui, je sens mon flot qui se ralentit.

J’ai moins envie d’escapades dans les prés et les taillis.

Dois-je m’abandonner ou lutter contre l’inéluctable.

Dois-je refuser la réalité ou être raisonnable ? »

 

Ainsi s’interrogeait le torrent devenu ruisseau

Quand sur une branche, il vit un mystérieux oiseau.

Ce dernier s’approcha au plus près de ses flots

Et lui susurra avec tendresse quelques mots.

 

Et depuis, on peut voir dans la plaine, un petit ruisseau

Serein et en paix avec lui et le peuple des roseaux.

Sans renoncer à rien, il a appris l’abandon.

Et quand il s’abandonne, il ne renonce à rien... Non.

 

Roland Vannier.

Toulouges le 28 octobre 2013

 

 

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Parfum de femme (poésie)

parfum femme

Parfum de femme

 

Les femmes laissent flotter derrière elles

Des effluves de parfum évanescent,

Virevoltant dans la rue comme une hirondelle,

Affolant les sens et les sentiments.

 

Vifs, légers, agiles, elles vous étonnent d’abord.

Elles vous caressent les narines et vous intriguent.

Pénétrant jusqu’au tréfonds de votre corps

Qui, tout à coup, d’adrénaline s’irrigue.

 

Qui donc est ce parfum capiteux ?

Quelle est cette femme à l’odeur fruitée ?

Elégante, le pas trop orgueilleux,

Ou bien vive et énergique, un rien irritée ?

 

Les femmes laissent flotter derrière elles

Un peu de leur âme et de leurs émotions.

Vers quel destin ainsi s’empressent-elles ?

Qui les attend ? L’amour ou bien une déception ?

 

Roland Vannier

 

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31 août 2016

La foule

La foule 1

 

 

Tous ces gens qui marchent dans la rue, où vont-ils ?

Les uns flânent, les autres obsédés par la quête de l’utile.

Visage fermé qu’on interpelle et qui s’éclaire.

Visage ouvert à qui on sourit sans vouloir plaire.

 

Combien de joies, combien de peines en ces passants

Dont je croise le chemin le temps d’un furtif instant ?

J’aime ce  voyeurisme : regarder à s’enivrer cette foule 

Qui balance corps et âmes au rythme de la houle.

 

Toutes ces couleurs de peaux, superbe palette diaprée.

Tant d’émotions contenues ou bien exhibées.

Ces visages si différents et si semblables à la fois,

Démarches lentes ou vives, raides ou chaloupées.

 

J’aime me perdre dans ces foules au flux continu

Comme la goutte d’eau dans le flot ininterrompu.

J’aime me laisser porter, chahuté par ces vagues

Qui me ramènent inexorablement vers la grève...

 

Où je reprends ma liberté… un peu plus empreint d’humanité.

 

Roland Vannier

Toulouges le 17 août 2016

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21 août 2016

Passeur de vie

passeur de vie 3

 

J’ai en moi des rivières

Où coule le sang de mes Frères,

Où coule l’âme des Humains,

Du plus proche au plus lointain.

 

Je ne suis qu’un passeur de vie.

Sans l’amour, je ne suis rien.

 

En moi s’articule un squelette,

Fragiles os d’Etre humain.

Le même que celui de mes amis africains,

Celui qui charpente toutes les couleurs de la planète.

 

Je ne suis qu’un passeur de vie.

Sans l’amour, je ne suis rien.

 

Je pense. Parfois trop à moi.

Pour bien comprendre pourquoi

Je suis, pourquoi je vis, puis finis,

Mon ego doit se faire tout petit.

 

Je ne suis qu’un passeur de vie.

Sans l’amour, je ne suis rien.

 

Pour aimer, il n’est point besoin de dogmes

Religieux ou sectaires créés par les hommes.

Pour faire que la vie soit belle

Savoir que le bonheur n’est pas matériel.

 

Je ne suis qu’un passeur de vie.

Sans l’amour, je ne suis rien.

 

Ne jamais rien attendre des autres,

Accepter que la vie soit éphémère.

Rester libre et digne, ouvert et tolérant.

Respecter mais aussi se faire respecter.

 

Je ne suis qu’un passeur de vie.

Sans l’amour, je ne suis rien.

Si, à certains, la vie n’apprend rien,

A moi, la vie m’a tout appris.

 

Roland Vannier

Toulouges le 17 août 2016

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13 avril 2016

Du bonheur sur les crêtes

Rando St Anne 1-12-06

rando Chapelle St Anne nov 06

 

Ce matin-là, le bleu du ciel a la douceur du velours et le soleil s’y prélasse langoureusement. Le thermomètre indique 6° alors que ma voiture roule encore dans la plaine. Je me réjouis à l’avance de retrouver les premiers froids en montagne.


Après Bouleternère, je m’engage dans la vallée où coule le Boulès. Là, les couleurs de l’automne se pavanent sous un soleil d’automne éclatant. Le jaune, le rouge, le marron des arbres à feuilles caduques ont pris des allures de divas au milieu du vert intense des arbres à feuillage persistant.
Une petite prairie surgit au détour d’un virage. Une fine pellicule de gelée d’un blanc immaculé témoigne que le froid a campé là cette nuit. Un peu plus loin, un pic-vert s’élance à quelques mètres devant la voiture, dans un vol horizontal, long et saccadé.

En sortant de ma voiture que je viens de garer sur le parking du prieuré de Serrabonne, j’inspire goulûment l’air frais vivifiant en me frottant les mains à l’idée de randonner par une telle journée si pleine de lumière et d’espérance.
Bien chaussé et le sac sur le dos, je parcours rapidement les cent mètres me séparant du prieuré sans jeter un coup d’œil aux petits écriteaux de découverte de la végétation que l’administration du prieuré a piqués au pied des plantes et des arbres qui bordent la droite de la piste.
A droite, les panneaux « les crêtes » puis « Roca Roja et col d’Arques » m’indiquent le chemin.

J’attaque avec détermination les 380 mètres de dénivelé qui vont m’élever vers la ligne de crête. Les chênes verts dominent la végétation, cohabitant avec les cistes défleuries depuis déjà bien longtemps, les nombreuses touffes de bruyère arborescente et quelques sapins isolés.

Quand au bout d’une dizaine de minutes d’effort je passe la barrière, je sais que je suis tout proche du premier palier de la montée. En effet, le sentier fait une bosse puis entame une petite descente pour aussitôt remonter résolument au travers d’une végétation où les sapins dominent à leur tour les chênes verts.
Après à peine un quart d’heure de marche, je sors de cette petite forêt de conifères. La pente du sentier se fait plus douce. Les arbres deviennent plus rares. Même la grande bruyère qui est encore là semble se tenir prête à laisser la place à la petite bruyère. Il ne reste plus qu’un palier à franchir pour parvenir au petit col sans nom qui m’attend là-haut. Je fais une petite pause, autant pour admirer les courbes arrondies de la ligne de crête que pour reprendre mon souffle. Je sens des gouttes de sueur perler entre carline et polaire.
Après à peine une minute, je reprends le sentier qui monte d’abord doucement puis de plus en plus fort. La végétation devient basse et parsemée. Seuls la bruyère et le genêt semblent trouver cet habitat naturel à leur goût. Encore un petit effort. La ligne de crête est là, toute proche. Le sentier se rétrécit entre genêts et ronciers, la pente est encore plus raide.

Voilà, je m’extrais maintenant de la montée comme un père Noël d’une cheminée. Essoufflé d’abord et ébahi ensuite par un tel panorama qui se déroule sous mes yeux : Les principaux massifs montagneux du département dressent majestueusement leur stature de géants dans un décor de rêve. Heureux également de ce bel effort et de cette magnifique journée ensoleillée qui laisse augurer encore quelques instants de bonheur simple.

Le sentier est facile. Il monte et il descend. Six ou sept fois il joue aux montagnes russes. En vingt minutes, je suis au col d’Arques où un petit abri en pierres sèches semble monter la garde. Je jette un petit coup d’œil à l’intérieur avec une petite pointe d’appréhension enfantine de découvrir je ne sais quoi d’hostile ou de monstrueux dans la demi-obscurité qui y règne. Il n’y a bien sûr rien mais tant mieux ! il me reste un peu de mon enfance.

Sur la droite, une piste file vers le petit village de Glorianes. Je l’ignore et attaque la montée vers le roc d’Aurène. La pente se fait plus raide. Sur la droite, un petit troupeau de moutons. Ils sont d’abord surpris. La tête en l’air, l’air inquiet. Je m’en approche. Tout à coup ils détalent mais s’arrêtent au bout de trente mètres. Ils se retournent pour me regarder et semblent se rendre compte que je ne fais que passer. Alors, ils reviennent timidement sur leurs pas. Deux d’entre eux esquissent même audacieusement un début de trot vers moi mais se figent finalement, jugeant l’immobilité plus prudente. Je stoppe mon pas pour profiter de cette magnifique image de ces frêles et doux animaux qui se découpent en premier plan sur le massif du Madres et les falaises calcaires du Fenouillèdes.

Je reprends la montée. Un peu plus loin, à quelques mètres de moi, un vol de quatre oiseaux plutôt trapus s’élève brusquement des fourrés de genêts et ronciers dans le ciel bleu. Le bruit de leur vol, puissant et sec, fait penser à l’envol d’un hélicoptère. J’ai le soleil dans les yeux et malgré ce bruit caractéristique, je ne parviendrai pas à identifier l’espèce. Tant pis. Je me contenterai de la surprise qu’il m’ont faite en perçant brusquement le silence des montagnes où je suis immergé.

La prochaine et dernière rencontre que je fais avant d’atteindre la chapelle St Anne est, elle, paisible et silencieuse: en m’entendant arriver, elle tourne doucement son cou vers moi tout en continuant de mâcher. La vache Aubrac cesse bien de ruminer quelques secondes, le temps que je passe près d’elle mais reprend aussitôt son activité bovine, tout en suivant mon passage d’un regard empli d’une totale indifférence.

C’est après deux heures d’une marche au rythme soutenu que m’apparaissent les ruines de la chapelle Ste Anne. Les vues panoramiques n’ont pas cessé tout au long de la ligne de crête mais là, le spectacle atteint son apogée avec une vue à 360° sous un soleil on ne peut plus éclatant. Le Fenouillèdes étend longuement ses falaises calcaires jusqu’à la forme trapézoïdale du pech de Bugarach. Les pics et plas du Madres imposent alors leurs masses trapues. Derrière eux, les cimes enneigées du pic Carlit et de son massif semblent tutoyer le ciel. Et puis devant moi la masse imposante, toute proche du massif du Canigou. C’est comme si j’ouvrais mes volets et que d’un balcon imaginaire je pouvais tendre le bras et poser la main sur chacun de ses sommets qui me sont si familiers: Canigou, Barbet, Puig Sec, Serra de Roc Negre, Gallinas, Pel de Ca.
Sur la gauche, la ligne de crête des Albères plus lointaines court en ondulant vers la Méditerranée dont la ligne d’horizon s’est enveloppée dans un léger ourlet de nuages blancs. Malgré la densité humaine et la circulation que je connais, la plaine du Roussillon et ses villages apparaissent d’ici silencieux et paisibles.

C’est ce paysage grandiose qu’avaient sous leurs yeux les ermites qui habitèrent ce lieu aux 17e et 18e siècles. Combien de joies, de peines, d’espoirs, de désespoirs, de petits bonheurs ont été vécus ici sur ce promontoire dominant mais aussi exposé aux exigences et aux caprices de la nature ?
Assis aujourd’hui sur un petit muret de pierres, vestige de la chapelle, en ouvrant mon sac à dos pour en extraire la nourriture, je pense à eux au cœur de ce moment d’intense bonheur dans ce grand espace de solitude.

 

Roland Vannier

Toulouges le 13 avril 2016

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10 avril 2016

Le temps, cet inconnu.

temps-qui-passe

 

Le temps qui obsède et toutes ces heures comptées...

Toutes ces obsessions sur le temps qui passe

Qui font se lamenter tant de gens sur leur passé.

Le temps qui fait peur, ou bien encore qui agace

Ceux qui ont trop peur de ne pas avoir assez

De ce temps qui les dépasse ou les rend stressés.

En cette époque névrosée qui a l’illusion

Qu’on peut agir sur la vie en courant après le temps...

 

Ce temps qui n’existe que dans la pensée.

 

Ce temps, cette illusion que l’on découpe à souhait

Pour donner un rythme à nos actes et nos faits,

Pour des conversations sur le temps trop vite passé,

Pour créer des peurs sur le futur imaginé mauvais.

 

Que serions-nous sans cette déification du temps ?

Nos vies seraient rythmées par le jour et la nuit,

Par les cycles de lune, de solstices et d’équinoxes.

Si nous n’avions pas nominalisé puis découpé le temps,

Serions-nous techniquement moins avancés ?

Nos savoirs seraient-ils bien moins beaux, moins nombreux ?

 

Si nous n’avions pas mis le temps au centre de la vie,

Nous aurions sans doute développé d’autres civilisations

Qui nous auraient conduits à penser autrement.

Serions-nous plus instruits et sages ou plus fous ?

 

Sans la pensée, nous n’aurions pas la conscience d’exister.

Alors, pourquoi l’humanité qui n’existe que par la pensée,

A eu ce désir fou de tout ramener à sa propre invention

Qu’est le temps.

Ce temps qui nous brûle de nostalgie, d’impatience

De regrets et de peurs.

 

Avons-nous inventé le temps pour nous prémunir

De l’inéluctable fin qu’est la mort ?

Si oui, nous n’avons fait que le choix du déni de réalité,

Le refus du futur, de notre inéluctable finitude.

 

Mais... mais... si le temps n’était, en fait, qu'un piège vicieux, fabriqué

Par des dieux méchants pour les naïfs humains que nous sommes ?...

 

Roland Vannier

Toulouges le 10 avril 2016

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29 juin 2015

Ruelle d'été

ruelle, un soir

 

Dans la nuit estivale, la perspective fait fuir les lumières

Des lampadaires, vers un point connu d’eux seuls,

Au creux de l’obscurité, de l’illusion et des chimères,

Là où des tigres imaginaires menacent et feulent.

 

Une lourde chaleur s’est installée, régnant en maître

Dans la ruelle étroite, vêtue d’un inquiétant clair-obscur.

Parfois, à un balcon, une silhouette tente de renaître

D’une improbable brise, glissant timidement le long des murs.

 

Des odeurs de cuisine tardive subliment les parfums de la rue.

Derrière une fenêtre éclairée, une discussion d’adultes s’anime,

Laissant s’échapper dehors trois garnements à demi-nus…

Une voix éraillée tente en vain de rendre riches de pauvres rimes.

 

Je sens monter en moi une soif de vapeurs oniriques…

Des vapeurs dont je perçois l’ondulation dans la nuit magnifique...

S’engouffrer dans l’imaginaire pour une ballade magique

Très loin de la Terre, là où l’amour n’est jamais utopique.

  

Roland Vannier

Toulouges le 29 juin 2015

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21 juin 2015

Amour de Père

étoiles

 

Je me souviens encore de ces délicieuses odeurs

Qui titillaient l’odorat dans la maison encore endormie.

Ces douces effluves de chocolat qui effleurent

Et parfument les rêves d’enfant au creux d’un lit.

 

Je me rappelle encore les merveilleuses couleurs

Des légumes variés, fraîchement pelés et découpés.

Et ce doux et gentil sourire, levé de si bonne heure,

Quand nous flânions encore en ces dimanches d’été.

 

Je ressens encore, sous mes lèvres, ta joue toute douce,

Nos cris aigus d’enfants pour embrasser la «barbe à Papa».

Il y avait encore sur toi, des odeurs de mousse,

Parfumée d’amour et de tendresse pour nos rires en éclats.

 

A Toi qui es parti rejoindre l'Ame de l'univers, 

A Toi qui fus un si gentil et adorable Père,

Souriant et joyeux, ami des blagues et de l'humour,

Je te fais un gros bisou de lumière d'étoile et d'amour.

 

Roland Vannier

Toulouges le 21 juin 2015

 

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23 mai 2015

Tolérance et respect

Mains entrelacées

 

Tolérance et respect

Je ne crois en aucun dieu, aucune religion.

Ce ne sont que croyances et elles sont légions.

Je me méfie des croyances qui rejettent la raison

Parce qu’elles conduisent toujours à la folle déraison.

 

Ne croyez pas que, ceux qui croient, je les rejette.

Leur besoin d’être guidés et rassurés, je le respecte.

Si je combattais leur foi, je serais aussi abject,

Aussi barbare et sauvage que ces noirs néo-spectres.

 

Comme eux, je crois… Je crois en aucune religion.

Chaque croyance est respectable dans les maisons.

Dans ma maison, je crois à l’âme et au respect.

Je crois en l’esprit, l’énergie, la générosité.

 

Ce que je crois, il m’est inutile de l’exhiber.

Je me détesterais si je voulais, aux Autres, l’imposer.

Au nom de quoi ce besoin d’imposer SA vérité ?

Pourquoi ces rites, ces structures, ces signes extériorisés ?

 

Pour conquérir, envahir, soumettre, comme des guerriers,

Au nom de vieux parchemins, de vieux papiers,

Que d’autres hommes ont eux-mêmes rédigés ?

Imposer des règles pour que les puissants dominent ?

 

LA vérité n’existe pas. Chacun a SA vérité

Qui est respectable tant qu’elle respecte les autres vérités.

La clé du vivre ensemble est la tolérance.

Accepter de ne pas se figer dans les certitudes

Pour mieux écouter et respecter les différences.

 

Roland Vannier

Toulouges le 23 mai 2015

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02 mars 2015

Sonorités et pensées.

portée musicale colorée

 

La finesse insensée de ses sens,

Associée à la sensibilité de son ressenti de l’existence,

Lui laissait caresser les prémisses de l’Essentiel…

Il savait que c’est la connaissance de soi qui déploie les ailes.

 

Il lui avait fallu la farouche volonté de s’affranchir

Des folles fadaises qui figent et vous font aigrir.

Cette folie des faibles qui se font façonner

Par les fariboles des versets et feuillets dits sacrés.

 

Peut-on prétendre se déployer dans l’impudeur

Projetée par des papes producteurs de paraître ?

Peut-on penser possible de s’épanouir dans la peur,

Les paillettes, les poncifs qui nous empêchent d’Etre ?

 

Croire sans penser, c’est renoncer à être soi-même.

Mais penser sans croire, sans espoir, c’est devenir sourd.

Accepter de se tromper plutôt que jeter l’anathème.

Rien en ce monde n’a d’importance… sauf l’amour.

 

Roland Vannier

Perpignan le 2 mars 2015

 

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25 février 2015

Je vous salue, Marine ...

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Je vous salue Marine, pleine de crasse.

Le sAigneur est avec vous.

Vous êtes pénible entre toutes vos flammes

Et la haine, le fruit de vos entrailles

Est pénible.

Sainte Connasse, fille du vieux,

Oubliez nous

Pauvres penseurs.

Maintenant et dès que vous serez dehors.

Ainsi voit-il.

 

Roland Vannier

Perpignan le 25 février 2015

 

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30 octobre 2014

La fontaine et le lavoir ...

lavandieres

Jaillissant, déterminé, translucide et sensuel,

Son flot glissait sur une mousse verte et charnelle…

La source du village, à la chevelure sauvage,

Attirait, à la saison chaude, les gens du village.

Son eau pure désaltérait les bouches sèches

Des villageois à la recherche de boisson fraîche.

 

Les enfants y venaient souvent, les joues écarlates,

Boire goulûment après leurs jeux de pirates.

Ils s’allongeaient et trempaient leurs museaux

Pour y laper l’eau, tels de petits animaux.

Elle s’en allait ensuite, par un petit canal,

Emplir le si charmant lavoir municipal.

 

C’est là que tu venais exercer ton ouvrage,

Quelque soit le temps: soleil, gel ou orage.

Tu allais, poussant ta brouette de bois.

Ton visage ne laissait rien paraître du poids

Lourd de ta lessiveuse, emplie de linge et d’eau

Qui avait bouilli sur ton poêle un peu vieillot.

 

Sans jamais rien dire, sans te plaindre, tu lavais.

Le froid, tes mains rougies savaient l’ignorer.

Tu arrachais de la bassine, de lourds draps trempés

Que tu lançais avec force dans l’eau glacée.

Tu ne ménageais pas ta peine à les savonner,

Les frotter, les essorer puis, à l’eau, les relancer.

 

Tu travaillais au lavoir sans ménager ta peine

Pendant que moi, enfant, je jouais à la fontaine.

Nous parlions peu à la maison et forcément,

Moi le gamin, trop gâté et insouciant,

Je n’ai pas su te dire, quand il était encore temps,

Que je dois à ton courage, mon bonheur d’enfant.

 

Roland Vannier

Toulouges le 28 octobre 2014

 

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