verite-revolutionnaire

 Il y a encore une dizaine d’années, les Français reprochaient la langue de bois employée et sur-utilisée par les politiciens. Le Président de la République actuel, qui dit des vérités sans prendre de précaution, se fait vilipender par les gens de la rue qui, il faut le dire également, reçoivent ces vérités bien formatées par l’opposition et les médias-chasseurs d’audimat. Les mots ainsi formatés par ces « influenceurs », sont choisis parmi des mots susceptibles d’avoir un écho explosif dans l’humeur populaire du moment. Ils sont ensuite extraits du contexte puis diffusés avec délectation. C’est ainsi qu’ils sont reçus dans la rue : explosifs, polémiques, insultants. Les médias appellent ça "les petites phrases", ces petites phrases qu’ils ont bien emballées, formatées et diffusées, la mèche allumée. Ces « petites phrases », remises dans leur contexte expriment pourtant bien une vérité, abrupte certes, mais ... une vérité.

Quand le patronat et les syndicats salariés sont  incapables de se comporter en adultes après trois mois de guéguerre stérile, incapables de négocier un accord sur l’assurance chômage, alors que toute confiance leur avait été donnée, avec tous les pouvoirs pour réussir et que, par bêtise ou peur de prendre des responsabilités, ils avouent leur impuissance, il y a de quoi se mettre en colère. Quand Macron leur reproche d’avoir crié sur tous les toits qu’il était temps que l’état fasse confiance aux corps intermédiaires, et qu’après avoir eu satisfaction, ces corps intermédiaires ont été incapables de se conduire en adultes pour finir par s’en remettre comme des enfants irresponsables à l’état, c'est une vérité qui fait mal à leur orgueil, mais c'est une vérité.

Quand Macron répond aux journalistes danois qui lui font part de leur étonnement à réaliser des changements en France et qu’il leur répond que réformer c’est faire évoluer une culture, et que si, dans leur pays où la culture est plus marquée par l’influence luthérienne, en France, la culture est très différente. Elle est plus empreinte de résistance aux changements. Contrairement au Danemark où le peuple danois est dynamique, positif, tourné vers l’avenir et solidaire, le peuple français déteste et a peur du changement et est profondément individualiste. Au changement, les Français n’y voient que des inconvénients et des risques. Alors, pour ne pas changer, ils freinent « des quatre fers » face aux réformes. Et ça, c’est profondément ancré dans la culture française. Les Français sont « réfractaires » au changement depuis toujours, depuis les « Gaulois » peut-être. Et quand Macron emploie, dans ce contexte, l’expression « Gaulois Réfractaires », il dit une vérité qui, sortie de son contexte, blesse des susceptibilités, mais c'est une vérité.

Quand Macron répond à un jeune « pépiniériste », un tantinet fainéant et sournois: "Je traverse la rue, je vous trouve du travail", c'est évidemment une image. Il veut dire qu'il y a trois cent mille emplois dans différents domaines autres que la pépinière, et qui ne trouvent pas de titulaires parce que, souvent, ces métiers sont perçus comme "c'est trooop dur", il dit une vérité qui blesse mais c'est une vérité.

On pourrait faire cette démonstration pour toutes les "petites phrases" qui blessent car elles disent une vérité: les Français n’étant jamais contents et préférant "râler" plutôt qu'agir, en sont venus à dire tout et son contraire….Bien pratique. Un peu hypocrite mais bien pratique.

Avant, et j’étais de cet avis, la langue de bois qui caractérisait les discours et les interviews des politiciens, était devenue insupportable. Nous, peuple de France, avions besoin d’entendre un « parler vrai », de cesser d’entendre des réponses qui n’en étaient pas, qui répliquaient à côté de la question qui avait été posée. On avait besoin que les politiciens considèrent les Français comme des adultes prêts à entendre la vérité. On avait besoin de politiciens courageux, transparents qui osent la vérité. Or, voilà que depuis 2017, on a élu un Président de la République qui ne pratique pas la langue de bois et qui, comme on dit en langage populaire, n’a pas la langue dans sa poche. Plutôt que pratiquer la démagogie avec de la langue de bois, il assène des vérités, parfois abruptes, aux adultes que nous sommes censés être. Ces vérités, cette transparence qu’on était en droit d’attendre en lieu et place de l’opacité de la langue de bois, ont eu l’effet contraire. Voilà que « les petites phrases » qui ne sont pas les vérités dites, mais des substrats de vérités manipulées et instrumentalisées par les médias et les partis politiques d’opposition, mettent en colère le peuple qui se croit insulté par son président.

Alors..... Comment faut-il se comporter avec la majorité des Français ?

Faut-il les prendre pour des enfants trop immatures incapables de comprendre, et d’admettre des vérités qui, parfois, peuvent faire mal. Au fond, peut-être qu’un certain nombre préférerait faire l’autruche, qu’on les épargne, qu’on édulcore la vérité. Autrement dit, qu’on réponde à ses interrogations en ne lui disant que ce qui lui fait plaisir (ou du bien), comme le médecin, ayant diagnostiqué une maladie grave : Ce dernier va-t-il maquiller la vérité qui fait mal ou bien va-t-il mettre l’adulte malade face à sa maladie ? Faut-il que le même médecin emploie lui aussi la langue de bois ? Cette langue de bois, évitant de dire la vérité qui ferait trop mal à l’adulte-enfant, peut-être trop fragile...

Ou bien faut-il dire aux Français adultes, « vous êtes des adultes responsables et nous nous devons la vérité. Nous nous devons de nous comporter entre nous en pleine responsabilité ». Mais attention !... la « vérité » n’est pas toujours facile à entendre. Il faut accepter parfois qu’on ait une part de responsabilité et, ce qui va avec, la capacité à se remettre soi-même en question et en pensant au-delà de son seul petit intérêt individuel, c'est-à-dire au niveau du collectif français et de tous ses compatriotes.

Alors….. Que préfèrent au fond les Français ? La langue de bois qui sied aux irresponsables et… qu’ils dénoncent.... Ou bien le « parler vrai » qui s’adresse à des adultes responsables, volontaires et tournés vers l’intérêt de leur nation et… qu’ils dénoncent.... ?

En posant la question et en laissant à chacun la responsabilité de se positionner, je nous renvoie tous vers qui on est … ou qui on croit être.

Ce dont je suis certain, c’est que ceux qui s’accommodent le mieux avec la bienveillance paternaliste, seront toujours les premiers à dénoncer, et le plus fort possible ce qu’ils appellent pourtant, avec mépris, la langue de bois. Ils trouveront toujours la vérité trop dure à assumer. Et si on leur dit la vérité, ils répondront: "mépris, arrogance". Bien pratique ce double langage...

On le voit bien et ce n’est pas le moindre des paradoxes: De nos jours, les politiciens ont diminué, voire abandonné, pour certains, le recours à la « langue de bois » pour tendre - il faut le redire, sous la pression du peuple - vers plus de vérité et de transparence.

Et que pensez-vous que fait le peuple, simultanément à cette évolution des politiciens-langue-de-bois ? Ayant compris comment fonctionne la « langue de bois », il l’utilise merveilleusement bien, et de plus en plus, sur les réseaux sociaux, dans les bistrots, dans la rue, dans les interviews-trottoirs réalisés par les médias démagos.

Après avoir exigé de ses politiciens d'abandonner la "langue de bois" et alors que de plus en plus de ces derniers ont obtempéré en exprimant plus franchement (parfois maladroitement) la vérité,  un bon nombre de nos concitoyens se sont mis à parler la langue de bois en « copiant-collant » les éléments de langage de leurs gourous politiques préférés, ou bien en brouillant tout débat faisant appel à la raison, en répandant des infox ou fausses informations (les Anglo-saxons disent fake-news)..

Etonnant, non ?..... aurait dit Desproges.

 

Roland Vannier

Toulouges le 23 février 2019