démocratieparticipative

 

Aujourd'hui, plus que jamais, je m’éloigne des partis politiques. En ce moment, l'avenir de la France ne se situe plus à ce niveau. La haine et la violence, libérées dans la rue, les réseaux sociaux et les ronds-points, démontrent que l'enjeu est maintenant, et avant tout, la démocratie : Pour ou contre !

 

Jusqu’à il y encore quelques années, dans l’esprit de la grande majorité des Français, il était donné pour acquis que personne ne remettrait en cause, ni la République ni la démocratie. Cela semblait une évidence, un acquis inaliénable.

Alors, au sein de ce régime démocratique « imaginé pérenne », ceux qui avaient  une conscience politique étaient positionnés sur l’échiquier des partis. A commencer par moi. On était plutôt de gauche ou de droite ou du centre, avec des tendances, des nuances au sein de ces partis.

Nous étions encore dans un bel âge, où les Français débattaient, se respectaient, respectaient les institutions.

 

Bien sûr, il y avait des dissensions, des oppositions, parfois même des joutes verbales un peu violentes, mais toujours entre adversaires. Adversaires et non pas ennemis. Avec un adversaire, on débat, on s’oppose, on peut parfois s’emporter, mais il ne s’agit que de divergences sur les idées et les façons de mettre en oeuvre ces dernières. Le respect pour la personne demeure.

Les ennemis ne discutent pas, ne débattent pas, ils combattent. On les combat.

 

A cette époque, pas si lointaine, polarisés par nos « petites » différences partisanes, nous pensions, à tort, que les pulsions négatives, les préjugés, les haines qui ont amené les périodes difficiles qu’ont connues nos parents et nos grands-parents, n’existaient plus. Nous avions la naïveté de croire, consciemment ou inconsciemment, que l’être humain avait progressé sur le chemin de la sagesse et de la connaissance. Erreur ! Tout était resté intact. Bien au fond de ceux qui portent cela en eux. Mais ils ne l’exprimaient pas ou, plutôt, de façon différente, car ils avaient encore au fond d’eux quelques restes de valeurs morales, porteuses de respect et d’ordre, qui les en empêchaient.

 

Jusqu’au quinquennat (deuxième mandat) de Jacques Chirac, on en était là. Un président de la République un peu fatigué, voulant terminer ce deuxième mandat sans rien bousculer, et voulant laisser une image paternelle. Si les sarcasmes des émissions TV parodiques, le concernant, faisaient rire les gens, ces mêmes émissions avaient pour vertu de jouer le rôle qu’avait le bouffon dans les monarchies : Faire sortir un peu de vapeur de la cocotte-minute.

 

Avec l’avènement du quinquennat de Nicolas Sarkozy, tout le monde a bien vu qu’on changeait radicalement de style mais peu ont remarqué que, simultanément, un virage allait se prendre au niveau des valeurs morales. Républicain incontestable et débordant d’énergie mal canalisée, Sarkozy avait décidé de casser l’image « monarchique » du président de la République. Il n’avait aucune intention de s’attaquer à la démocratie mais il voulait casser l’image de la fonction, donner l’impression d’être plus proche du peuple, jusqu’à s’exprimer parfois comme on s’exprime dans la rue ou les bistrots : « Casse-toi, pauv’ con » et autres expressions du même tonneau.

Je reste persuadé que Sarkozy n’en avait pas conscience mais j’ai la conviction que les conséquences de ces saillies populaires et vulgaires ont cassé autre chose que « le pauvre con » qu’il apostrophait.

Le président de la République était jusqu’alors un exemple, un modèle, et quand un modèle manque de respect à un autre être humain, il envoie, inconsciemment, au peuple, un message : Etre vulgaire et agressif est possible.

C’est à partir de ce virage, qu’on a d’ailleurs peu relevé, à défaut de faire des choux gras de l’expression elle-même, qu’une fissure se glissa dans les valeurs de respect des autres et des institutions de la République.

 

En 2012, à l’heure où les réseaux sociaux commençaient leur percée dans le grand public, François Hollande commençait son quinquennat sous l’étiquette du « président normal ». Chacun avait son interprétation de ce qu’allait signifier « normal ». Ses ennemis y voyaient un synonyme de médiocrité. Ses amis, un signe de sa volonté de redonner un positionnement respecté de la fonction de président de la République. Chacun avait ses raisons et sans doute, tous, en partie, raison.

Ce que moi j’y ai vu, c’était plutôt l’expression d’une recherche de compromis, François Hollande ayant toujours eu cette obsession du consensus et du compromis. Ma conviction est qu’il voulait corriger les dérives excessives de Nicolas Sarkozy, à savoir son parler à la limite du vulgaire mais également ses comportements impulsifs et capricieux qui transpiraient des agitations si singulières du corps de l’ex-maire de Neuilly. Mais cette normalité annoncée n’avait pas pour ambition de rétablir une image « monarchique » de la fonction. Au fond, un président normal, pour François Hollande,  c’était un président qui n’en fait pas trop : ni dans la recherche d’une posture jupitérienne, ni dans les excès de comportement et de langage.

Son ambition de président normal a vite pris l’eau sous les coups de boutoir de ses adversaires et ses ennemis. Ses adversaires, les politiciens respectueux de la République, et ses ennemis : l’extrême droite que bientôt, l’extrême gauche, avec Mélenchon et sa détestation d’Hollande, allait rejoindre. Le président est vite apparu, à tort ou à raison, mou, indécis et manquant de charisme. Au-delà de ces reproches tranchants et peu amènes, les généralisations caricaturales se multipliaient.

 

De leur côté, les réseaux sociaux, avec la permission inconsciente de libération de l’insulte et de l’invective, prenaient de plus en plus de place. Simples outils, ils allaient devenir ce qu’en feraient leurs utilisateurs. Et peu à peu, on vit se transformer les réseaux du début. D’échanges d’informations, de photos, de messages bienveillants, ils avaient commencé à se transformer en bistrots ou machines à café virtuels, où les échanges comportaient de plus en plus d’insultes et d’invectives contre les représentants et les institutions de la République. Bref, au-delà de la permission de l’irrespect, les utilisateurs, bien planqués derrière leurs écrans, s’autorisaient à publier ce qu’il y a de moins beau, de moins noble, de moins honorable en l’être humain.

 

Les réseaux sociaux se dévoyaient. La parole s’y radicalisait. La vulgarité et la méchanceté étaient devenues bien présentes, implicitement autorisées. A cela, s’ajoutaient mensonges, manipulation, distorsion de la réalité. Et pour couronner le tout, aucune régulation de la part des opérateurs des réseaux sociaux. Bref, les réseaux prenaient la direction du caniveau.

 

Par ailleurs, le chômage, héritage de la crise de 2008, n’avait pas baissé, contrairement à des engagements bien imprudents. Et puis, quelques affaires politiques étaient montées en flèche par des médias avides d’audimat. Les TV en continu abreuvaient leurs spectateurs-voyeurs d’éditions spéciales pour tout et n’importe quoi. La hiérarchie et le tri des informations n’étaient plus faits en fonction de leur importance. Tout se banalisait. Sur les réseaux sociaux, les plus ignorants se voyaient les égaux des experts, et les plus stupides se sentaient aussi experts que les hommes politiques, qu’il était désormais de « bon ton » de qualifier de « …tous pourris… ».

 

Des institutions et des hommes politiques remis en cause dans leur légitimité, la réalité tordue et déformée par tous les médias (anciens et nouveaux), un creusement des inégalités, un chômage persistant, un endettement public dément et puis les populistes et démagogues montant dans différents pays d’Europe.

 

C’est dans ce contexte qu’Emmanuel Macron fut élu pour un quinquennat. Il fut élu pour deux raisons : parce qu’il proposait une offre politique hors du champ de la politique partisane, mais il fut également élu contre le parti extrêmiste de Lepen. Il restait encore, en 2017, suffisamment de Français lucides pour repousser la machine infernale du FN qui aurait, à relativement court terme, détruit la démocratie.

Macron a cru qu’il fallait d’abord rétablir la fonction « monarchique » de la présidence de la République. Non par présomption mais parce qu’il pensait que ce rétablissement permettrait de redonner de la confiance. C’était intelligent mais c’était faire fi de ce qu’était devenue notre nation. La France d’aujourd’hui n’est pas la France du Général de Gaulle. A cette époque, les valeurs morales d’honnêteté et de respect de l’immense majorité garantissaient la pérennité de la République. Aujourd’hui, les digues, les garde-fous se sont rompus. L’irrespect et le mensonge se sont introduits partout. Chacun se prend pour un expert, comme les fans de football se prennent tous pour l’entraîneur de l’équipe de France.

Sur le plan économique, le nouveau président, qui l’avait annoncé dans un livre publié en 2016, allait d’abord s’attaquer au redressement public avant de procéder à une redistribution sociale, ce qui présentait une logique imparable.

Mais c’était faire fi de Mélenchon et sa bande qui n’ont eu de cesse de casser, détruire, invectiver sans proposer. Peu à peu, ces « insoumis » se sont éloignés des valeurs de la République. D’adversaires, ils ont pris le chemin de « l’ennemi ». Jusqu’à ce que Mélenchon, sous les projecteurs de tous les médias, s’attaque ouvertement et violemment aux institutions de la République : contre la police, contre la justice. Pour la première fois de ma vie, je voyais un ex-Républicain basculer vers le côté sombre des anarchistes et apprentis dictateurs.

 

De son côté, en ayant choisi de privilégier le redressement économique de la nation, Macron ignorait aussi une colère sourde de trente années de certains Français de la classe moyenne qui étaient devenus impatients et « autorisés » à l’irrespect, par ces indignes politiciens.

 

Cette colère, ajoutée à un rejet total des politiciens (« tous pourris »), des réseaux sociaux devenus ce qu’on sait, et cet attentat verbal contre la République, perpétré par un ancien Républicain ayant brisé les derniers tabous, accouchèrent d’un mouvement, à la fois anarchique, protéiforme mais également manipulé, de façon discrète, par des forces internes (le FN) et l’extérieur : Bannon pour les USA et des officines discrètes et deux TV implantées en France, pour la Russie.

 

On ne saura jamais si, dès le départ, ce mouvement fut manipulé ou s’il fut récupéré très vite. Peu importe, il est là. Récupéré, infiltré et contaminé par les anti démocrates.

Il a bien endommagé nos valeurs républicaines et notre démocratie. Le Pen, qui a su mieux résister que Mélenchon à son égocentrisme, est restée discrète mais, appuyée par Bannon et Poutine, elle se frotte aujourd’hui les mains de la fragilisation de nos institutions, grâce aux actions violentes des racailles de l’ultra-droite, mais aussi de celles des blacks-blocs de l’extrême gauche dont les exploits anti républicains ravissent également Mélenchon et sa horde.

 

 

Ne nous leurrons pas. Ne fermons pas les yeux. Nous sommes à la croisée des chemins. La bête immonde est ressortie de sa tanière. Elle a maintenant pignon sur rue, chaque samedi, quand ces apprentis-sorciers obtus et ignorants, soit-disant apolitiques, s’en vont à la messe hebdomadaire du samedi, ils savent très bien que les casseurs attendent qu’ils arrivent pour continuer leur sape de la démocratie. Assez d’hypocrisie ! Ceux qui continuent de défiler le samedi contribuent, avec leur jusqu’au boutisme, à détruire les libertés des autres citoyens, premier pas vers un régime qui transformerait notre démocratie en dictature.

Ce qu’attendent le FN (RN) et la France Insoumise, on le sait mais pourquoi les USA (via Bannon) et les Russes interviennent-ils en dans ce conflit Franco-Français ?... Les élections européennes vont avoir lieu dans deux mois et l’éclatement de cette union ferait bien les affaires des deux grandes puissances économiques (USA et Russie). L’UE explosant, ce serai une aubaine pour eux.

Alors, après avoir semé la zizanie en Angleterre pour faire aboutir au Brexit, puis faciliter l’avènement des populistes en Italie, les mêmes sont à l’œuvre en France. Il ne faut pas oublier que lorsque l’Allemagne fut en panne en 2018 et Angela Merkel incapable d’avancer politiquement dans son pays, c’est Macron qui prit la tête de la « croisade » pour le renouveau de l’Europe, et ça gênait les USA, la Russie, le FN et la FI.

Ce n’est qu’une supposition mais c’est en tout cas une étrange coïncidence de se rappeler que le déclenchement du mouvement des gilets jaunes, se soit fait il y a six mois avant les échéances des élections européennes. Hasard ou coïncidence ?

Quoiqu’il en soit, ce mouvement, qu’il dure encore ou pas après les élections UE doit nous réveiller pour que nous ne soyons pas surpris comme nos parents et grands-parents qui ont connu 1939-45. Ils avaient fait l’autruche, et pourtant tous les signaux d’alerte étaient là pour les avertir.

Va-t-on, nous aussi, continuer à mettre la tête dans le sable au lieu de commencer à organiser la résistance contre les factieux qui veulent faire exploser les régimes démocratiques et l’Union européenne, qui sont les conditions nécessaires pour un avenir de paix et de prospérité pour notre nation Française ?

 

Il est temps de requalifier ce mouvement poujadiste des gilets jaunes. Il est temps de considérer le FN et la FI pour ce qu’ils sont vraiment. Il temps de faire cesser ces infox venues autant de France que de l’étranger. Il est temps de remettre les médias dans leurs métiers du journalisme.

 

Il est temps de se ressaisir avant qu’il ne soit trop tard. 

 

Roland Vannier

Perpignan le 15 février 2019