TROU-NOIR (1)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  L’Humanité est un livre.

Le lecteur en est le temps

Qui parcourt négligemment

Ce que l’homme nomme vivre.

 

Une page pour une simple vie,

Papier parfois bien rempli,

Parfois seulement à demi

Mais toujours se finit.

 

Temps, lecteur impénitent

Que ne lèves-tu les yeux ?

Ne serait-ce que le temps….

Pour l’Homme, de plus de ciel bleu.

 

Tu poursuis, imperturbable,

La lecture de chaque page

Et tournes à cadence immuable

Un amour, un sourire, un visage…

 

Combien de feuilles jaunies

Jonchent le sol de ton antre ?

Combien d’entre elles ont supplié :

« Je veux partir ». Tu leur dis : « Entre ! »

 

Ah, si tu livrais ton secret,

Si la terre de ton étrange jardin

Etait fertile et qu’il y repousse

Nos vies, nos amours, nos matins…

 

Notre papier se ferait velin,

Nous n’aurions plus peur de tes doigts,

Nous tournerions les pages sans effroi

Si, derrière, était un éternel matin.

 

Combien de pages a le livre ?

Le liras-tu intégralement

Ou bien, un jour, un feuillet ivre

Détruira cet énigmatique roman ?

 

Mais Toi, que feras-tu alors 

Quand tous les papiers seront morts ?

Qui alors, prendra conscience

De ta seule existence……

 

Si tous les papiers se meurent,

Avec eux, toi aussi tu meurs.

Tu n’existes que parce qu’ils te pensent

Tu n’es pas auteur mais sujet de leurs danses.

 

Le temps ne serait-il qu’illusion ?

Ne serait-il qu’un piège pervers

Qui empêcherait l’homme et les civilisations

De découvrir les secrets de l’univers ?

 

Roland Vannier

Toulouges le 10 février 2018