alphabet

 

N’avoir aucune idée en tête et s’asseoir devant une page blanche...

Ecrire la première phrase comme on pose la première planche

D’une cabane dont on ne connait rien encore et faire connaissance,

C’est comme accepter de s’en aller vers l’inconnu en faisant confiance.

 

D’abord, la page blanche se noircit des premiers mots qui se cherchent.

Ils se parlent, se répondent, maladroits, séducteurs, parfois revêches.

Il y a toujours celui qui fait tout pour être au centre des discussions,

Puis  celui qui reste un peu en retrait, qui préfère aux moulinets, la discrétion.

 

Tout cet aréopage brillant de mots bouge, caquète, chantonne, virevolte.

Les phonèmes sautillent d’un groupe à l’autre, tantôt sérieux, tantôt désinvoltes.

Certains restent un instant, d’autres s’attardent sous le soleil d’une phrase

S’illuminant parfois à la rencontre d’ amis avec qui ils se sentent en phase.

 

Sur la page blanche qui s’était noircie, le mouvement s’y est peu à peu ajouté,

D’un désordre plutôt sombre et informe, naît doucement une dentelle ajourée.

Les mots se sont peu à peu trouvés, ont fait connaissance et lié des amitiés.

Des phrases se forment, se déforment, se reforment et finissent par se lier.

 

De ce chaos parachuté sur la page vierge, éclot doucement un texte coloré

Qui se range, se structure, prend des postures et laisse paraître un talent de lettré.

Pour peu qu’on les aime, les mots sont de charmants petits lutins élégants

Qui toujours volent à votre secours pour enchanter le néant et colorer le blanc.

 

La page blanche est un jardin enchanté

Où les mots ne demandent qu’à jouer.

 

Roland Vannier

Toulouges le 9 janvier 2018