Larme à l'oeil

 

On aimerait tant quelle tombe, cette larme

Qui nous pèse sur le cœur...

On la sent parfois monter un peu,

Mais s’arrêter soudain au bord des yeux.

Ce n’est pas la pluie qui fait que les nuages

Se gonflent, mais leur poids qui fait tomber

La pluie.

Ce n’est pas cette larme hésitante

Qui fait que le cœur est lourd.

C’est cette peine sourde et retenue

Qui fait qu’il n’a pas plu.

Le cœur n’est pas forcément sec

Quand les yeux ne se mouillent plus.

Les larmes s’accrochent parfois à l’intérieur

Pour que se désole un peu plus le cœur.

Ce ne sont pas seulement des larmes

Dont il faut s’émouvoir,

Mais de la peine enfouie en son mouroir.

 

La douleur qu’on garde en soi dure plus longtemps.

Elle grignote peu à peu, inexorablement.

On s’émeut aux premiers pleurs

Comme on le fait aux premières fleurs.

Si les premières sont signes de chagrin

Et les secondes de nouveauté et d’espoir,

Presque toujours, pour s’émouvoir,

Les Hommes ont besoin de voir.

 

Quand elles sont loin, les douleurs ne sont qu’information.

Les chagrins qui se rapprochent les changent en émotion.

Un Petit Prince a dit qu’on ne voit bien

Qu’avec le cœur.

Alors, pourquoi a-t-on tant besoin des yeux

Pour voir les larmes enfouies,

Qui désespèrent que, du fond de leur puits,

Un jour, elles atteignent la fenêtre des yeux

Pour que s’envole le chagrin vers un ciel d’oubli ?

 

Roland Vannier

Toulouges le 19 octobre 2016