lavandieres

Jaillissant, déterminé, translucide et sensuel,

Son flot glissait sur une mousse verte et charnelle…

La source du village, à la chevelure sauvage,

Attirait, à la saison chaude, les gens du village.

Son eau pure désaltérait les bouches sèches

Des villageois à la recherche de boisson fraîche.

 

Les enfants y venaient souvent, les joues écarlates,

Boire goulûment après leurs jeux de pirates.

Ils s’allongeaient et trempaient leurs museaux

Pour y laper l’eau, tels de petits animaux.

Elle s’en allait ensuite, par un petit canal,

Emplir le si charmant lavoir municipal.

 

C’est là que tu venais exercer ton ouvrage,

Quelque soit le temps: soleil, gel ou orage.

Tu allais, poussant ta brouette de bois.

Ton visage ne laissait rien paraître du poids

Lourd de ta lessiveuse, emplie de linge et d’eau

Qui avait bouilli sur ton poêle un peu vieillot.

 

Sans jamais rien dire, sans te plaindre, tu lavais.

Le froid, tes mains rougies savaient l’ignorer.

Tu arrachais de la bassine, de lourds draps trempés

Que tu lançais avec force dans l’eau glacée.

Tu ne ménageais pas ta peine à les savonner,

Les frotter, les essorer puis, à l’eau, les relancer.

 

Tu travaillais au lavoir sans ménager ta peine

Pendant que moi, enfant, je jouais à la fontaine.

Nous parlions peu à la maison et forcément,

Moi le gamin, trop gâté et insouciant,

Je n’ai pas su te dire, quand il était encore temps,

Que je dois à ton courage, mon bonheur d’enfant.

 

Roland Vannier

Toulouges le 28 octobre 2014